Présentation
Festival de musique baroque
Secrets de fabrication…

Lorsque j’ai posé ma plume, que l’appréhension de la page blanche est derrière moi, que j’examine ma programmation artistique d’un œil mi- critique, mi-satisfait, il me semble voir, à travers la liste des œuvres et des artistes invités, ces figures géométriques improbables et colorées, variant à l’infinie dans ces longues vues « magiques » qui fascinent les enfants. Il en va ainsi depuis 27 ans. L’exercice, à chaque fois plus périlleux mais au combien passionnant, est fait de variations insoupçonnées au départ et pourtant étonnemment logiques à l’arrivée. L’édition 2009/10 n’échappe pas à la règle, et elle recèle aussi certains hasards qui servent opportunément l’inspiration d’un programmateur.

Trois génies de la musique baroque se retrouvent sur le devant de la scène de ce 27ème Festival de Musique Baroque de Lyon, à l’occasion de l’Anniversaire de leur naissance, Purcell (1659) et Pergolese (1710), ou de leur mort, Haendel (1759). Mais encore faut-il faire les choix judicieux - et parfois douloureux - des œuvres et des interprètes…

Du premier, Henry Purcell, j’ai retenu le plus solennel et peut-être aussi le plus émouvant. Une Ode de 1693 dédiée à la Reine Mary que Purcell servit avec dévotion, et les Funeral Sentences écrites pour cette même souveraine en 1695, et qui, ironie du sort, seront reprises la même année pour les obsèques du compositeur lui-même. Jean Tubery, expert du répertoire XVIIème, sera l’artisan de cette production à la tête de sa Formation internationalement réputée, La Fenice.

Du second, Giovanni Battista Pergolese, j’ai choisi son célèbre Stabat Mater, qualifié par Bellini de « Divin poème de la douleur ». Là aussi une œuvre ultime, qui sous sa religiosité laisse apparaître le gout immodéré de Pergolese pour le Théâtre baroque. Deux brillants chanteurs canadiens, la soprano Suzie Leblanc et le contre-ténor Daniel Taylor en seront les solistes, accompagnés par les musiciens du Theater of Early Music.

Du troisième, Georg Friedrich Haendel, j’ai gardé son premier Oratorio à succès, Athalia, composé avant son légendaire « Messie » et accueilli « sous un tonnerre d’applaudissements » lors de sa création à Oxford en 1733. Il est vrai que l’excellent livret de Jean Racine, même remanié en langue anglaise et adapté aux besoins du genre, reste un support de haut niveau pour l’inspiration du compositeur. Avec ses doubles Chœurs fugués, sa somptueuse orchestration comprenant trompettes, cors, flûtes, timbales, cordes et un riche continuo, ses Airs et Duos d’une intense beauté, Haendel déploie toute sa palette sonore et sa sensibilité au service de chanteurs virtuoses.

Pour donner une œuvre d’une telle envergure, un plateau artistique exceptionnel s’imposait. Le chœur composé de 28 chanteurs sera le Vocalconsort Berlin, l’Orchestre comptant 30 instrumentistes le Kammerorchester Basel, et la distribution internationale des solistes (Nuria Rial, Laurence Zazzo,…), seront placés sous la direction du chef anglais Paul Goodwind.

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Des projets musicaux originaux m’ont aussi particulièrement séduit, et l’envie de partager ces coups de cœur avec le public a guidé mes choix.

Ainsi en va-t-il des Chants sacrés vénitiens et persans, fruits exotiques d’un travail de recherche toujours vivant et documenté de Denis Raisin-Dadre et son Ensemble Doulce Mémoire, dont nous aurons la primeur. Ces chants de transe, aux mélodies séduisantes et entêtantes, aux rythmes lancinants, se retrouvent aussi bien dans la tradition Soufi de l’Islam que dans le monde Catholique d’après le Concile de Trente (1563). Ils permettent par leur similitude d’engager un dialogue enrichissant entre ces deux religions.

Avec The Celtic Viol, nouvel opus consacré aux traditions musicales d’Ecosse et d’Irlande, Jordi Savall n’hésite pas à aborder un nouveau répertoire sur son instrument de prédilection, le dessus de viole. Accompagné à la harpe par Andrew Lawrence-King, il remonte aux racines de la musique celtique à partir de manuscrits du XVIIème siècle, et met en évidence la force et la beauté nue de ces mélodies. Toute musique est spirituelle, nous dit-il, et celles-ci ont accompagné des peuples qui ont souffert de la famine, de l’émigration,… et qui ont trouvé en elles leur principale source de soutien moral.

L’idée de proposer au public de revivre l’expérience du célèbre Café Zimmermann de Leipzig, où Jean-Sébastien Bach de 1729 à 1739 faisait exécuter ses œuvres profanes, était très séduisante. Diana Baroni au traverso et Dirk Börner au clavecin en seront donc les protagonistes. Thé, café, chocolat chaud et viennoiseries de la Maison Debeaux, confiseur à Lyon, succèderont aux sonates de Jean-Sébastien Bach et de son contemporain Johannes Mattheson.

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D’autres concerts résultent aussi du miracle d’une voix ou du talent exceptionnel d’un soliste.

Max Emanuel Cencic possède cette voix de contre-ténor si recherchée dont le pouvoir de séduction ne s’est jamais démenti à travers les siècles. La beauté de son timbre, sa virtuosité époustouflante, l’étendue de sa tessiture lui permettent de chanter les grands rôles composés par Haendel pour les célèbres castrats Farinelli et Caffarelli. L’Art des Castrats s’annonce comme un concert d’anthologie, avec celui qui, soliste des Petits Chanteurs de Wien à 6 ans, est devenu une de plus grandes stars mondiales de l’opéra baroque. L’Ensemble italien I Barocchisti dirigé par Diego Fasolis, dont la cote internationale est au plus haut, offrira à Max Emanuel sa musicalité et son mordant.

Le rendez-vous désormais rituel que nous donne le Venice Baroque Orchestra et Giuliano Carmignola, qualifié par la presse de « Prince des violonistes », est aussi un moment très attendu du Festival. Son élégance, sa technique au service d’une musicalité sans faille, en font l’interprète idéal des Concertos de Vivaldi et de Jean-Marie Leclair. L’entente est scellée, il donnera chaque année exclusivement pour le Festival deux nouveaux concertos de Leclair, jusqu’à épuisement de l’intégralité des opus pour violon et orchestre de ce compositeur Lyonnais, fondateur de l’Ecole française de violon au XVIIIème siècle.

Les concerts Noël à Moscou et Grandes Pâques Russes s’inscrivent dans le cadre des manifestations culturelles 2010 consacrées à « l’Année de la Russie en France ». Les Chœurs d’Hommes du Monastère Vyssoko-Petrovsky de Moscou et de Yaroslav célébreront en décembre et en avril les deux grandes fêtes du calendrier orthodoxe, Noël et Pâques. Ils interpréteront des chants sacrés écrits par les grands compositeurs russes depuis le XVIIème siècle, des chants souvent anonymes issus de la tradition monastique, et des Koliadkys, chants traditionnels sur le mystère de la Nativité ancrés dans une tradition populaire séculaire.

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Le Festival s’inscrit aussi dans une dynamique pédagogique et se tourne naturellement vers les jeunes musiciens qui étudient la musique ancienne. Trois actions phares entrent dans cette catégorie.

La première, « Le Jardin de la Chapelle » déjà expérimentée la Saison dernière, consiste à donner la possibilité à de jeunes musiciens « en herbe » de 7 à 15 ans, étudiant la musique baroque avec passion, tous issus des Conservatoires et Ecoles de Musiques de la région lyonnaise, de se produire en concert à la Chapelle qui est Le lieu où les stars de ce répertoire sont programmées. Cette action, menée avec l’Associations des Amis du Festival et de la Chapelle, vise aussi à donner envie aux enfants non musiciens qui assistent nombreux à ce concert, de faire de la musique en découvrant les instruments anciens, clavecin, viole de gambe, violon, flûte, …

La deuxième action porte sur l’accueil d’une production des Etudiants du Département de Musique Ancienne du Conservatoire National Supérieur de Musique de Lyon dirigée par Nicole Corti. Cette année il s’agit des Motets pour la Chapelle du Roy Louis XIV composés par Pierre Robert. Créateur avec Lully du Grand Motet à la française, Pierre Robert est remis à l’honneur par le Centre de Musique Baroque de Versailles qui vient récemment d’éditer l’ensemble de son œuvre.

La troisième porte sur la Maîtrise de garçons de la Primatiale Saint-Jean dirigée par Jean-François Duchamp, qui chaque année interprète dans le cadre de l’Office Dominical de la Primatiale une Messe intégrée à la liturgie. Cette année, il s’agira de la Messe « Nelson » de Franz Joseph Haydn dont ont commémore le bicentenaire de la mort en 2009.

Eric Desnoues
Directeur Artistique

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